Démocratie, il y a urgence(s) !

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Le 29 mars dernier, était organisée à l’Immeuble Gironde, une journée placée sous le bandeau de la grande cause départementale : les urgences démocratiques. Le Département a donné l’occasion aux participants de ce rendez-vous d’échanger, de débattre et partager, de donner voix à toutes les expressions sur ce thème fort. Retour sur quelques-uns des témoignages.


« La politique peut être belle à condition que les citoyens s’en emparent. Les responsables publics doivent mesurer la pertinence de cette formule : ce que vous faites pour nous, sans nous, vous le faites contre nous. Le premier signe d’une démocratie qui va mieux, c’est la confiance. Elle ne se décrète pas. Il y a urgence à la stimuler, collectivement. » Charlotte Marchandise, militante pour la démocratie, candidate à la Primaire populaire.


6291eadf9ef0f79baec82b897a19ea7f0af77207.jpeg« Nous devons retrouver les capacités de vivre des expériences politiques concrètes. Il s’agit de renouer avec la capacité de décrire ce qui nous motive, ce qui nous relie, ce dont nous dépensons tous, ce qui fait sens. C’est ce langage commun qui a été perdu et qui est pourtant la base d’un dialogue compris de chacune, chacun. » Loïc Chabrier & Maëlls Le Bricon, membres du collectif scientifique et artistique Rivage, initié par le sociologue Bruno Lacour.


« Il faut vraiment ramener le débat dans l’espace public. Les citoyennes, les citoyens ont l’impression souvent justifiée de ne pas avoir de prise sur les décisions qui les concernent, de ne pas pouvoir s’exprimer. Ils se sentent délaissés… C’est crucial de ramener le citoyen au cœur du débat public, de la construction d’une société qui ne peut se passer de leur participation. » Oihana Larre, étudiante en master à l’Université Bordeaux-Montaigne.


« Il est temps de rendre aux citoyens la confiance dans leurs capacités de se saisir de leurs droits d’expression et de participation. Si on veut qu’ils reprennent le chemin des urnes et s’intéressent aux débats, il faut leur redonner leur pleine capacité à faire, à construire. La mise à distance, le pouvoir vertical empêchent cette démarche salutaire. » Karine Oudot, membre de l’APESA, centre technologique au service de la transition écologique


c35a09ded4bbe192c0bc7cb9d5489812e523443a.jpeg« On communique beaucoup mais on manque de sincérité et pourtant, la sincérité est une obligation. Il faut poser clairement les règles du jeu et que les pouvoirs publics acceptent de perdre une partie du pouvoir de décision pour le rendre aux citoyens. Les citoyens ont besoin de savoir à quoi ils s’attendent et ont la maturité de faire des choix. » Romain Porcheron, responsable du service des associations et de la participation citoyenne à la ville de Bègles


« Il est urgent de rappeler la pertinence de l’article 714 du Code civil : il est des choses qui n’appartiennent à personne et dont l’usage est commun à tous. Il s’agit des droits administratifs. Redonner des formes de gouvernance, c’est permettre l’accès aux droits, aux service publics. L’usager doit devenir l’ayant droit et le contributeur des décisions qui le concernent. » Olivier Jaspart, juriste en droit administratif des biens communs


« Le système ne marche plus dans un pays où l’État garde des pouvoirs très forts. La participation régulièrement en baisse lors des consultations électorales en témoigne. Il faut rapidement redonner du sens et du goût à l’usage démocratique. L’État ne peut pas décider en l’absence et dans le silence de celles et ceux qui assument ses choix. » Niels Mariat, étudiant à l’Institut National des Études Territoriales de Strasbourg


« La majorité reste silencieuse et ce sont des minorités bruyantes, qui se font entendre assez fortes pour provoquer des réactions. Je me suis engagée dans ma commune parce que ce phénomène me gêne. Il faut que nous nous mobilisions pour que la majorité sorte du silence et fasse entendre clairement ses propositions et ses idées pas uniquement par le voie du conflit. » Catherine Le Saux, retraitée, membre du Conseil participatif de Latresne


« Il y a eu beaucoup de choses intéressantes qui se sont dites sur les ronds-points. Le mouvement des gilets jaunes est plus porteur que la caricature qui en a été faite. Je suis pour que le referendum d’initiative citoyenne soit inscrit dans la Constitution. Nous devons être toutes et tous amenés à prendre nos responsabilités, quitte à nous tromper parfois. C’est cela la démocratie. » Stéphane Roncaglia, gilet jaune, Camblanes-et-Meynac


Pierre-Yves Guiheneuf« Les citoyennes, les citoyens ont un vrai désir de participer, de s’impliquer mais ils renoncent car ils ont la sensation que leur voix ne compte pas. C’est là où il est urgent d’agir. Leur voix, leur opinion doivent avoir un impact sur les décision politiques. Cet effet-là doit être perceptible et contribuer à une transformation tangible de la société. » Pierre-Yves Guiheneuf, Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne, Paris


« Une coopération entre les citoyens et les collectivités territoriales est à réinventer. Elle doit s’écrire au plus vite, en particulier sur les question urgentes liées aux transitions écologiques. Il est encore temps d’agir. Pour réussir à faire face à un tel défi, la clé, c’est de donner les moyens à tous de coopérer en toute transparence. » Marion Juliot, Médiation & Environnement, conseil en concertation et développement durable, Bègles


« Il y a là un enjeu démocratique majeur. L’urgence, c’est que toutes et tous aient véritablement accès à leurs droits pour devenir des citoyennes, des citoyens actifs. Chacune, chacun doit prendre toute sa part dans des décisions qui, de toute façon, concernent le collectif. La fragilité même de la démocratie exige cette impérieuse remise en question du pouvoir vertical. » Rosa Ould Améziane, déléguée régionale des Droits de l’Homme


« Il faut reformuler et rendre accessible le langage politique, la langue du service public. Il faut savoir parler à toutes, à tous. Le vocabulaire qui est utilisé pour présenter des projets, si pertinents qu’ils soient, n’est pas compréhensible. C’est aussi une affaire de mots choisis. Ils peuvent dissimuler ou choisir une sincérité si attendue. » Céline Courtois, étudiante au CELSA, École des hautes études en sciences de l’information et de la communication, Paris


« Il ne doit pas y avoir de recul sur la reconnaissance de la toute indépendance des structures associatives qui représentent les citoyennes, les citoyens. Cette indépendance doit être garantie, loin de toute tentative de réappropriation politique ou partisane. C’est la condition première pour donner envie de participer à la vie de la cité, à la construction de cette société en mutation. » Julie Dumont, Commission nationale du débat public


« L’urgence démocratique, c’est de s’impliquer de toute urgence dans le fonctionnement même de la démocratie pour que les choix des décideurs soient en conformité avec les choix des citoyens. Cela implique un réel partage des pouvoirs. C’est encore plus vrai quand il s’agit de d’urgence des urgences : le réchauffement climatique ! » Christian Proust, auteur du Guide pratique pour oser s’impliquer dans la vie démocratique (Éditions Place de l’Échiquier)


« Il faut impérativement changer le système de vote. Les électrices, les électeurs votent par défaut pour des candidats qui ne représentent, au final, qu’une petite minorité. C’est un système simpliste alors que le fonctionnement de notre société repose sur une pensée complexe. Il faut tenir en compte de l’abstention massive et des votes blancs. Ils expriment un très profond rejet. » Carol Galand, cofondatrice du magazine Mue


e393cbd84490b38155a8762652ff7b7a012415a1.jpeg« L’urgence, c’est savoir prendre soin des jeunes, apprendre à les écouter. Il faut leur donner le désir de participer, éveiller leur curiosité, c’est le moteur de la vie collective. » Sophie Moulard, anthropologue, Theïa Lab, chercheure à l’université Bordeaux-Montaigne. « Il faut prendre conscience et aider les autres à prendre conscience. » Clara, lycéenne « Il faut être éveillé, avoir un esprit critique. » Lucie, lycéenne.